Plusieurs artistes - peintres ou sculpteurs - entreprennent d’exprimer leur sensibilisation au problème de la traite d’êtres humains en provenance d’Afrique, de l’esclavage et aux débats relatifs à leur abolition dans la première moitié du XIXe siècle. Les œuvres produites semblent avoir suivi, au fil du temps, les fluctuations des débats parlementaires.

Des œuvres militantes

« Le châtiment des quatre piquets dans les colonies », œuvre de Marcel Verdier, peintre français dont le grand tableau est enregistré pour une exposition au Salon du Louvre de 1843, est sans doute l’un des exemples les plus signifiants de cet engagement. L’œuvre est refusée par le jury, et le dossier conservé aux archives du musée du Louvre à Paris indique la crainte des autorités que le tableau « ne soulève la haine populaire contre l’esclavage ».

D’autres œuvres majeures, fortes, illustrent cet engagement. Théodore Géricault a placé en tête du « Radeau de la Méduse », en 1818-1819, un Africain levant le bras et agitant un tissu blanc à l’intention de l’équipage de l’Argus qui apparaît à l’horizon - et qui sauvera les survivants. Ce bras levé a pu être également interprété en tant que promesse de victoire de la liberté pour les esclaves, sur ce radeau dérivant au large du Sénégal, en pleine période de répression de la traite illégale. En 1822, Géricault réalise une étude sur « La traite des Noirs », dessin au fusain et à la sanguine. Quelques années plus tard, Johann Moritz Rugendas, peintre allemand, présente au Salon du Louvre de 1827 le tableau « Nègres à fond de cale », une lithographie publiée dans son ouvrage Voyage pittoresque au Brésil. Le « Radeau de la Méduse » inspire à Pierre-Jean David d’Angers un projet de monument en 1829, un groupe d’esclaves enchaînés, qu’il ne réalisera pas.

En 1822, Guillaume Guillon-Lethière, « homme de couleur » d’origine guadeloupéenne, disciple de David, peint Le serment des ancêtres, toile par laquelle il souhaite honorer l’indépendance haïtienne. Il y représente l’alliance des « mulâtres » et des Noirs d’Haïti pendant la guerre coloniale contre le rétablissement de l’autorité française et de l’esclavage en 1802-1803 qui a mené à la proclamation de l’indépendance de la colonie le 1er janvier 1804. Les personnages d’Alexandre Pétion et de Jean-Jacques Dessalines symbolisent cette alliance sous l’égide et la bénédiction d’un vaste dieu. A leurs pieds, le peintre a placé des fers d’esclave ouverts. Ils prêtent serment sur une stèle qui porte les inscriptions « liberté », « religion », « loix » (sic), « constitution », c’est-à-dire ce qui symbolise à ses yeux les principes essentiels de gouvernement d’un pays indépendant. A l’arrière-plan la foule les acclame et le paysage témoigne des incendies de la révolte et de la guerre. Le peintre fait don de l’œuvre à Haïti en 1823, alors même que la France n’a pas encore reconnu l’indépendance de cette ancienne colonie (reconnaissance en 1825). La toile est roulée et transportée clandestinement vers Haïti par le fils du peintre.

En 1831, la France vote une dernière loi d’interdiction de la traite négrière. Cependant, les chiffres de la traite transatlantique illégale atteignent leurs plus hauts niveaux. En 1833, Edouard Antoine Renard peint « La rébellion d’un esclave sur un navire négrier ». Auguste-François Biard commence en 1840 le grand tableau intitulé « Esclaves sur la côte ouest-africaine ». En 1838, William Turner a achevé l’œuvre sans doute la plus belle et la plus réaliste, dédiée à la lutte contre la traite atlantique illégale : « Slavers Throwing overboard the Dead and Dying – Typhoon Coming On » (« Négriers jetant par-dessus bord les morts et les mourants - Approche d’un typhon »).

Plus rares sont les collections d’objets réunies en vue de témoigner des réalités de la traite humaine transatlantique et de l’esclavage. Auguste de Staël expose à Paris, dans le cadre de la Société de la Morale Chrétienne, fers et entraves de captifs achetés sur les quais du port de Nantes. Il en publie des reproductions dans le Bulletin de la Société en 1826.

Schœlcher quant à lui, a ramené de son second périple aux Caraïbes, en 1840-1841, quantité d’objets de la vie quotidienne sous l’esclavage obtenus en Guadeloupe, en Martinique, à Antigua, à Puerto Rico et en Haïti.

Des œuvres de commande

Si les représentations de la première abolition de l’esclavage – en 1793 à Saint-Domingue, en 1794 à Paris - célébrèrent essentiellement le caractère exceptionnel et le symbole d’universalité de cette mesure, celles que provoque la seconde abolition, en 1848, apparaissent différentes. Elles sont plus directement dédiées à un hommage à la République libératrice et aux impératifs des lendemains de l’émancipation des esclaves. Des lendemains d’ordre et de travail. En effet, sur chaque grande œuvre de commande – les principales étant « La proclamation de la liberté des Noirs aux colonies » d’A.-F. Biard et la « Proclamation de l’abolition de l’esclavage à La Réunion » d’A. Garreau – le représentant de la République ceint de tricolore tient à la main le texte du décret d’abolition mais il est aussi entouré de tous les symboles de l’ordre public, du travail, de la production, du commerce et de la famille.

« Liberté, Egalité, Fraternité ou l’esclavage affranchi » de Nicolas Louis François Gosse, une commande du ministère de l’Intérieur, est moins didactique. Une esclave dont les fers sont ouverts tient un rameau de paix à la main.