Deux figures majeures émergent de l’imagerie des campagnes abolitionnistes, celle de l’esclave agenouillé, suppliant pour l’obtention de sa liberté, et celle de l’esclave rebelle, le fugitif, le Nègre cimarron qui, en fuyant l’esclavage, tend vers la liberté.

L’esclave agenouillé suppliant

L’emblème de la société abolitionniste britannique, l’esclave, un genou à terre, interrogeant : « Am I Not A Man and A Brother ? », « Ne suis-je pas un homme et un frère ? », fait le tour du monde. Conçue en Grande-Bretagne, gravée sous forme de sceau, cette image est reproduite en 1788 par le céramiste Josiah Wedgwood sur un modèle dessiné en 1786 par William Hackwood. Cette figure pour le moins paternaliste de l’esclave suppliant pour sa liberté, un genou à terre, est inscrite sur les supports les plus divers.

Elle est imprimée, sculptée, dessinée, brodée, elle figure à l’en-tête de tous les comités antiesclavagistes d’Europe et du monde. Elle est reproduite sur de la vaisselle, sur des objets décoratifs, sur des vêtements, des chapeaux ou sur des bijoux. Une version féminine en est également diffusée, notamment aux Etats-Unis : « Am I Not a Woman and a Sister ? », « Ne suis-je pas une femme et une sœur ? »

L’un des objets les plus intéressants et les plus efficaces à l’époque - mais aujourd’hui le moins connu - est la maquette de navire négrier inspirée des plans du Brookes, indiquant précisément l’emplacement des captifs dans les cales, que Thomas Clarkson fait fabriquer pour étayer ses discours devant le Parlement britannique. Il fait diffuser en France plus de mille affiches de la reproduction des plans de coupe du négrier. Lorsque Mirabeau entreprend sur son conseil une démarche analogue en 1790, il fait construire une maquette identique dans l’intention de la montrer à ses auditeurs. Mais il ne prononce pas son long discours devant l’assemblée et fait don du navire à la Société des amis des Noirs.

Le dessin à l’eau forte intitulé « Réjouissance à l’annonce de l’abolition de l’esclavage, 30 pluviôse an II, 18 février 1794 » représente la fête donnée à Paris dans le temple de la Raison (cathédrale Notre-Dame de Paris), sur la montagne dressée au centre du bâtiment. La fête a été organisée par Anaxagoras Chaumette. La reproduction du discours que ce dernier prononce à la fin de la cérémonie porte elle aussi l’emblème de l’esclave agenouillé.

Cyrille Bissette utilise ce même symbole visuel comme en-tête de tout moyen de transmission de l’information à l’intention de ses contemporains. Les revues qu’il publie, la Revue des Colonies entre 1834 et 1843, la Revue abolitioniste en 1847 et plusieurs de ses libelles et adresses portent le symbole du mouvement abolitionniste britannique alors devenu international, de l’esclave suppliant, genou à terre, et de l’interrogation : « Ne suis-je pas un homme et un frère ? ». Chaque livraison de la Revue des Colonies comporte plusieurs dessins représentant des scènes de travail ou de châtiment des esclaves. Dans Martyrologe colonial. Tableau de l’esclavage dans les colonies françaises que Bissette publie en 1847, il utilise également ce moyen qu’il considère comme plus efficace que l’écrit.

C’est également l’emblème de la société britannique que reprennent la Société française pour l’abolition de l’esclavage et son organe, la revue L’Abolitioniste français (toujours avec un seul n, à l’anglaise).