Un autre symbole de liberté - l’inverse de l’attitude de supplication - est également diffusé en diverses versions : celui de l’esclave fugitif, du Nègre marron.  Il est représenté en chemin vers la liberté, poursuivi par les chasseurs de marrons ou la milice, ou encore subissant l’un des châtiments qu’il encourt en cas de capture, la peine du fouet ou la mutilation.

En fait, l’esclave fugitif, le Nègre marron ou cimarron est dès les débuts de la colonisation particulièrement redouté par les administrateurs coloniaux. Les milices locales sont chargées de repérer, d’assaillir et de détruire les refuges des marrons qui vont de simples abris dans les régions montagneuses et boisées des colonies, à de véritables villages fortifiés peuplés, comme en Colombie, au Venezuela ou au Brésil, de plusieurs milliers de personnes. Dans les Guyanes, la chasse aux fugitifs aboutit, comme dans les grandes îles des Caraïbes, à des traités de paix régulièrement renouvelés, reconnaissant des concessions de terre aux fugitifs contre lesquels il apparaît vain de lutter. C’est le cas à Cuba, à Saint-Domingue ou en Jamaïque à l’issue des Maroon Wars par exemple, en Colombie et au Venezuela contre les palenques qui se sont multipliés depuis le début du XVIe siècle, au Brésil où les quilombos forment de véritables cités défensives et dans les Guyanes. Aujourd’hui, les descendants des Maroons des Blue Mountains et du Cockpit de Jamaïque, les Palenqueros de Colombie, les Quilombolas du Brésil tendent peu à peu à faire reconnaître leur culture spécifique, leur histoire, leur langue, et la propriété de leurs terres.

Aux Etats-Unis, les images d’esclaves fugitifs, de scènes de capture ou celles qui illustrent l’histoire de l’Underground Railroad, menant les fugitifs du Sud vers la liberté des Etats du Nord et du Canada, sont elles aussi assez nombreuses. Des personnalités qui ont aidé les fugitifs, tels Harriet Tubman ou Frederick Douglass, sont des figures de référence.

Dans les colonies françaises de Guadeloupe et de Martinique, l’existence de grands camps de fugitifs, parfois éphémère, est signalée dès le milieu du XVIIe siècle. Se déplaçant de manière régulière, ils échangent diverses marchandises et de la nourriture avec les plantations les plus proches, ou provoquent des plaintes pour vols, apparaissant aux autorités comme la source des menaces constantes de soulèvement des esclaves de chaque colonie. Les procès auxquels sont très tôt soumis les marrons qui sont capturés et considérés comme étant à l’origine de soulèvements, aboutissent à des condamnations aux châtiments les plus féroces. Toutefois, en France, rares sont les images relatives à ces esclaves qui refusent de se soumettre au système.

L’aquarelle « Trois Nègres marrons à Surinam » de Théodore Bray ne rend pas compte de l’importance des villages de marrons alors établis dans la forêt guyanaise, que ces hommes tentent de rejoindre. Il en est de même de la belle lithographie publiée dans le recueil de Pierre Jacques Benoît, artiste belge, consacré à son Voyage à Surinam en 1831. Il y aurait rencontré cet esclave, fugitif depuis trois ans, en pleine forêt.

En Jamaïque, les Maroon Wars entraînent la réalisation de nombreux dessins et lithographies illustrant les événements. Aux Etats-Unis, l’image du « Runaway Slave » envahit régulièrement les journaux par la publication d’annonces de recherche d’esclaves fugitifs.

Les illustrations relatives au marronnage sans doute les plus connues paraissent dans le récit de John Gabriel Stedman, Narrative, of a Five Years' Expedition, against the revolted Negroes of Surinam . . . from the year 1772, to 1777, Londres, 1796.