C’est le 23 juin 1848 qu’est promulgué le décret du 27 avril au Sénégal. Il doit entrer en vigueur le 23 août suivant et concerne un peu plus de 6300 esclaves. Le gouverneur alors en poste depuis le mois de décembre 1847, le capitaine de vaisseau Auguste Laurent François Baudin, vient à cette époque de faire surveiller le circuit et les contacts pris par Victor Schœlcher lors de son séjour dans la colonie fin 1847-début 1848, au cours duquel il a entrepris d’y analyser le statut des esclaves. Schœlcher le fait remplacer par Bertin-Duchâteau pour le règlement de la question de l’émancipation. Baudin reprend son poste de gouverneur en novembre 1848.

À l’instar des autres commissaires généraux de la République, Bertin-Duchâteau annonce une liberté prochaine tout en recommandant le respect de l’ordre public et le travail :

« République française

Avis aux captifs :

Vous serez tous libres le 23 de ce mois.

Esclaves pendant quelques jours encore, mais bientôt libres et citoyens de Saint-Louis, le moment de la régénération approche ! Le 23 de ce mois, le Sénégal aura décuplé le nombre de ses enfants ; chacun de ses habitants jouira d’un droit égal sur cette terre d’avenir et d’une part de bien-être proportionnée à son travail.

Préparez-vous donc à ce grand jour par la méditation et l’appréciation sage et raisonnée des droits et des devoirs du citoyen.

N’oubliez jamais que ces deux principes d’ordre et de société ne peuvent ni ne doivent être séparés.

Pénétrez-vous bien de cette pensée : que l’oisiveté est la mère de tous les vices ; que le travail est le seul moyen licite d’arriver à l’aisance et à la richesse ; qu’enfin, l’homme a été créé pour le travail.

Ne tournez jamais vos regards vers les riches et les heureux de ce monde, car les mauvaises passions germeraient promptement dans vos cœurs.

Travaillez, travaillez sans cesse, les yeux toujours fixés sur vos familles, afin de pouvoir puiser dans leurs besoins, la force et le courage nécessaires au travail dont elles ne sauraient se passer pour subsister et obtenir aussi l’aisance et la richesse.

Alors seulement, quand le bien-être règne dans la famille, Dieu permet à l’homme de se reposer et de jouir en paix du fruit de ses travaux.

En quittant vos maîtres pour devenir leurs égaux, prouvez au monde entier, par votre conduite, que vous êtes digne de cette liberté si précieuse et si chère que la France vient de vous accorder.

Ne perdez pas un temps précieux en fêtes et en réjouissances ! Vos familles auraient faim pendant vos chants d’allégresse, et des larmes amères ou des actions coupables suivraient de près tous ces moments perdus.

Livrez-vous au travail dès le premier jour ; tous les habitants qui le pourront se feront un devoir de vous en procurer et le gouvernement saura donner de l’occupation à ceux qui n’auront pu d’eux-mêmes en trouver. On construit une salle d’asile pour les vieillards, les infirmes et les enfants abandonnés : ne soyez donc pas inquiets pour eux.

Que vos besoins ne se traduisent jamais par des actes blâmables et contraires à la tranquillité du pays, faites-les connaître légalement à l’autorité, sa sollicitude et celle de tous les habitants vous est acquise.

Je dois aussi vous prévenir que les lois punissent le vagabondage, c’est-à-dire, ceux qui ne voulant pas travailler, ne peuvent justifier de leurs moyens d’existence ; en conséquence, ceux qui se trouveront dans ce cas-là seront livrés à la justice.

En remerciant Dieu et la France de vous avoir rendus libres, n’oubliez jamais que votre captivité fut douce au Sénégal et que vos anciens maîtres ont, par cela même, droit à votre reconnaissance.

Vive la République ! Vive la liberté ! Honneur au travail !!

Saint-Louis, le 12 août 1848, le commissaire de la République,

Signé Bertin-Duchâteau. »