1848

« Habitants de la Guadeloupe,
Un Gouvernement provisoire remplace, en France, celui qu’avait institué la Charte de 1830.
La France va être appelée à se donner librement les institutions que votera la majorité de la nation.
Jusqu’à ce qu’une nouvelle constitution soit proclamée, la population de la Guadeloupe comprendra que son premier devoir est de se soumettre aux lois, aux autorités existantes, et de rester dans toutes les conditions nécessaires à la tranquillité publique.
La population coloniale doit savoir qu’il n’appartient à personne de devancer ce que voudra faire, pour régler son avenir, le pouvoir qui sortira des votes de la France. Le gouvernement provisoire a pour mission d’assurer le maintien de l’ordre en même temps que la consolidation du triomphe de sa liberté.
Il faut donc que la population de la Guadeloupe attende avec calme et confiance la solution que le Gouvernement définitif de la Métropole ne peut manquer de donner à la question de la cessation de l’esclavage, mesure qui sera conciliée avec les droits acquis. La prévoyante initiative prise par le Conseil colonial de la Guadeloupe a toute l’approbation du Gouvernement provisoire, sous réserve d’ailleurs de l’examen des moyens d’exécution proposés.
Je compte, pour le maintien de l’ordre et de la tranquillité, sur l’excellent esprit dont est animée la population de la Guadeloupe.
Fait à l’Hôtel du Gouvernement,
À la Pointe-à-Pitre, le 26 mars 1848
Le Gouverneur: Layrle. »

Proclamation du Général Ambert, président du Conseil colonial de la Guadeloupe, 27 mars 1848, à l’intention des planteurs.

« Habitants de la Guadeloupe !
Une Révolution s’est accomplie ! La France a lavé toutes ses hontes et reconquis tous ses droits ! Sur les ruines d’un trône à jamais détruit elle a fondé la République ! La République ! c’est-à-dire la liberté, l’ordre, le travail !
Habitants de la Guadeloupe, cette devise était déjà la vôtre; le Conseil colonial l’avait déjà proclamée. En vous associant tous à ses généreuses manifestations, vous donneriez par avance un gage de votre adhésion sincère aux principes du nouveau gouvernement.
Encore un peu de temps et l’esclavage aura disparu de votre sol en faisant place à une puissante organisation du travail, où tous les droits et tous les intérêts seront garantis et respectés !
Vos ateliers savent que vous avez été les premiers à élever la voix en leur faveur. Ils continueront à avoir confiance en vous. Ils attendront avec calme et patience le moment où l’Assemblée Nationale en sanctionnant vos propres résolutions fera sonner pour eux l’heure de la liberté légale.
Le Président du Conseil colonial
Ambert. »

Proclamation de la République par le gouverneur Jean-François Layrle en Guadeloupe, 29 mars 1848.

« Habitants de la Guadeloupe !
Au moment où la Colonie arbore sur tous les points le Drapeau Tricolore que la République vient de se donner, j’éprouve le besoin de vous témoigner le bonheur que je ressens de voir l’ordre et la tranquillité régner partout.
 Au milieu des vives émotions qu’a fait naître dans vos cœurs l’annonce de la reconstitution de la République en France, le calme le plus parfait a prévalu de toutes parts. Vous avez eu confiance dans le chef de la colonie, dont le premier devoir a été de veiller avec empressement à votre sécurité. En comptant sur l’excellent esprit dont est animée la population de la Guadeloupe et sur son patriotique concours, il n’a compté sur rien qui n’ait été complètement réalisé.
La République a été proclamée en France. En faisant arborer ses glorieuses couleurs, je suis heureux de pouvoir aussi proclamer, dans la colonie, le Gouvernement libre que le peuple français vient de conquérir au prix de son sang.

            VIVE LA RÉPUBLIQUE !!!

            Fait à l’Hôtel du Gouvernement, à la Pointe-à-Pitre, le 29 mars 1848.

            Le gouverneur, Layrle. »