1848

Au lendemain de l’émancipation de 1848, c’est au nom de la « réconciliation sociale » entre anciens esclaves et anciens maîtres que l’administration coloniale et les candidats à la représentation parlementaire prônent explicitement l’« oubli du passé ». L’expression se retrouve dans les professions de foi rédigées par les tendances les plus opposées des élections législatives de 1848, 1849 et 1850. Ainsi les républicains schœlcheristes – partisans de la candidature de Victor Schœlcher – et les bissettistes – partisans de Charles Auguste Cyrille Bissette, « homme de couleur » martiniquais – s’opposent-ils souvent violemment alors que les deux leaders défendent des causes bien similaires.

Dans sa première intervention devant l’Assemblée nationale constituante, l’ancien esclave Louisy Mathieu, élu représentant de la Guadeloupe en 1848 dans les rangs schœlcheristes, souligne la « générosité » des anciens esclaves qui ont également voté en faveur du fils de l’un des plus grands planteurs de l’île, Charles Dain, lui-même s’étant présenté dans les rangs schœlcheristes : « Ils ont tendu la main », précise-t-il, « et ils ont dit cette parole si noble : À l’oubli du passé ! ». Quant à François-Auguste Perrinon, il a, dès le 27 février 1848, lancé un appel au calme « à (ses) frères des colonies » : « Aux Noirs, nous recommandons la confiance dans les Blancs, à ceux-ci, la confiance dans les Noirs ». Son dernier conseil est « le plus entier oubli du passé ». Le programme électoral qu’il diffuse en avril 1849 préconise encore des mots d’ordre tels que : « Fusion des intérêts, oubli du passé, conciliation dans le présent et dans l’avenir ».

Bissette construit lui aussi son argumentation électorale sur les vertus du travail, de l’ordre public et de l’oubli. Il vante les vertus de la « réconciliation sociale aux colonies », de l’oubli du passé et de l’unité des citoyens coloniaux appartenant à « une même patrie ».

(Réponse au factum de M. Schœlcher intitulé La Vérité).