Colonies danoises : Saint-Jean, Sainte-Croix, Saint-Thomas.

Lorsque le gouvernement danois envisagea d’abolir l’esclavage dans ses colonies, le décret qu’il prit le 28 juillet 1847 prévoyait un délai de douze ans avant l’entrée en vigueur de cette décision. Toutefois, la contagion des événements survenus en Guadeloupe et en Martinique provoqua une rébellion des esclaves dès l’année suivante, en 1848. Malgré des renforts militaires arrivés de Puerto Rico, le gouverneur était contraint de décréter l’abolition le 3 juillet 1848 dans les trois colonies.

Colonies néerlandaises : Curaçao, Bonaire, Aruba, Saba,
Saint-Eustache, Saint-Martin partie hollandaise, Suriname.

Si le gouvernement néerlandais décréta la suppression du système esclavagiste en 1860 en Malaisie, il n’appliqua cette décision dans les Caraïbes qu’en 1863. Adolphe Ambroise Alexandre Gatine, commissaire général de la République en Guadeloupe, s’adresse au gouverneur de la partie hollandaise de Saint-Martin en 1848 pour l’informer de l’entrée en vigueur, dans la partie française de l’île, du décret d’abolition de l’esclavage :

« Monsieur le gouverneur,

La France vient d’accomplir un grand acte de réparation envers nos frères noirs. Par décret du 27 avril dernier, l’esclavage est aboli dans toutes les colonies françaises. Je dois vous signaler spécialement les conséquences de cet acte législatif, à raison du partage de souveraineté qui existe dans l’île Saint-Martin.

Les anciens esclaves de la partie française ont immédiatement recouvré leurs droits d’hommes libres et de citoyens. Ils sont assurés, la République n’en doute pas, d’être traités comme tels, sur les terres de la Hollande, comme en tout pays étranger.

En outre, l’art. 7 du décret porte : ‘Le principe que le sol de la France affranchit l’esclave qui le touche est appliqué aux colonies et possessions de la République.’

Cette disposition intéresse particulièrement les colons hollandais de Saint-Martin. Elle aura pour effet de rendre libres tous esclaves qui de votre territoire passeront sur le nôtre, tous ceux aussi qui, placés à bord des navires caboteurs ou autres, débarqueraient dans nos ports ou sur nos côtes.

La République ne veut pas faire le sacrifice de sa loyauté et de ses bons rapports avec une puissance amie, même au profit de la sainte cause qui triomphe désormais dans les colonies françaises ; mais elle ne doit pas fléchir dans l’application de son principe. Elle ne pourra donc consentir à aucune revendication d’esclaves fugitifs ou marrons se trouvant dans les parties de l’île de Saint-Martin qui appartiennent à la France, ni permettre contre eux l’emploi d’aucune contrainte pour les faire rentrer en servitude.

Puisse, au reste, l’exemple de la France et de l’Angleterre porter ses fruits. Puisse l’île Saint-Martin tout entière n’avoir bientôt pour habitants que des hommes libres et frères. Ce vœu, votre généreuse nation est digne de l’entendre et de l’accomplir.

Salut et fraternité.

Le Commissaire général de la République française à la Guadeloupe et dépendances.

AD. GATINE »


Extrait de Ad. Gatine, ancien Commissaire  général de la République à la Guadeloupe et Dépendances, Avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation, Abolition de l’esclavage à la Guadeloupe. Quatre mois de gouvernement dans cette colonie, Paris, chez France, Libraire, 1849, pp. 19-20.