1833-1848

Au XIXe siècle, deux décrets d’abolition font référence : l’Abolition Bill, voté le 28 août 1833 par le Parlement britannique, et le décret français signé par le Gouvernement provisoire le 27 avril 1848.

L’Abolition Bill de 1833

Le premier, dit d’abolition « progressive », entre en vigueur un an après le vote du parlement britannique, en août 1834. Il fixe une période obligatoire d’apprentissage des anciens esclaves auprès de leurs propriétaires, quatre ans pour les domestiques, six ans pour les ouvriers agricoles. Après la grande rébellion qui a mobilisé 20 000 esclaves en Jamaïque en 1831-1832, le renouvellement d’une partie des parlementaires porte à la Chambre des communes une majorité favorable à la suppression de l’esclavage. Les comités abolitionnistes britanniques ont recouru aux moyens d’action les plus efficaces pour sensibiliser l’opinion publique comme les instances gouvernementales contre l’esclavage. Des conférences ont été organisées dans chaque comté, dans les petites localités où l’on placarde les affiches de propagande antiesclavagiste, où l’on appelle au boycott des marchandises en provenance des colonies à esclaves, où l’on distribue tracts et brochures décrivant les conditions de déportation des captifs africains et de travail des esclaves des plantations américaines. Les pétitions qui circulent en faveur de l’émancipation des esclaves des colonies recueillent des centaines de milliers de signatures. Les comités féminins sont particulièrement impliqués dans cette lutte, qui prend une ampleur exceptionnelle à la fin du XVIIIe siècle.

Le délai d’accession à la liberté des esclaves des colonies britanniques est réduit pour tous à quatre ans par suite des difficultés multiples qu’avait fait apparaître le système d’apprentissage. Les anciens propriétaires d’esclaves perçoivent quant à eux une forte indemnité, versée par la Banque d’Angleterre.

Le décret français de 1848

Le second, le décret français, quinze ans plus tard, met en pratique le principe d’une abolition dite « immédiate », également avec indemnisation des propriétaires d’esclaves.

En Guadeloupe et en Martinique, les anciens esclaves deviennent en 1848 de « nouveaux libres » appelés à exercer leurs droits de « nouveaux citoyens » en élisant au suffrage universel leurs représentants à l’Assemblée nationale. Ils ne reçoivent ni terre, ni indemnité. Une profonde crise économique et sociale affecte les colonies françaises où apparaissent dès cette période sous-emploi et chômage et où les planteurs indemnisés, disposant de facilités de crédits, obtiennent du gouvernement l’introduction de travailleurs sur contrat sous-payés, en provenance d’Afrique, d’Inde et de Chine, comme dans les colonies anglaises.

L’Église, l’école, la presse sont les efficaces relais d’une politique d’« oubli du passé » mise en œuvre dès 1848 en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et à La Réunion. Un oubli du passé assez puissant pour permettre la floraison de mythes économiques et politiques durables puisque certains d’entre eux sont aujourd’hui encore d’actualité. Un oubli tel que la recherche et l’enseignement français ont pu garder un si long silence ou occulter tant de réalités au sujet d’un processus historique – celui du système de traite humaine, d’esclavage et des abolitions – particulièrement complexe.