1848

Les hommes de la commission

Schœlcher fait appel, comme membres de cette commission, à Henri-Joseph Mestro, directeur des Colonies au ministère de la Marine, Auguste-François Perrinon, « homme de couleur » d’origine martiniquaise, polytechnicien, chef de bataillon d’artillerie de Marine, auteur d’un article paru quelques années plus tôt sur son expérience d’emploi d’ouvriers « libres » sur ses salines de Saint-Martin, Adolphe Gatine, avocat aux conseils, défenseur, notamment, des « hommes de couleur » de Martinique accusés de complots et troubles politiques dans les années 1820 et 1830, à Charles Gaumont, ouvrier horloger, investi dans les mouvements ouvriers parisiens, rédacteur à L’Union. Bulletin mensuel des ouvriers rédigé et publié par eux, qui avait lancé en 1844 la pétition des ouvriers de Paris en faveur de l’abolition de l’esclavage, Henri Wallon, historien, auteur d’une Histoire de l’esclavage dans l’Antiquité (1847), secrétaire de la commission, et Louis Percin, avocat d’origine martiniquaise, secrétaire adjoint.

La nomination de Bissette, « glorieux vétéran de la liberté » comme membre de la commission a été sollicitée – en vain – par plusieurs pétitions en provenance de la Martinique. La rivalité qui oppose l’abolitionniste martiniquais à Schœlcher l’écarte de cette instance pourtant décisive. À un planteur qui déplore par ailleurs l'absence de colons au sein de la commission, Schœlcher répond : « Vous comprendrez qu’on n’appelle pas, dans la commission de l’abolition, des colons, puisqu’on ne peut y appeler des esclaves» (Courrier de la Martinique du 22 avril 1848). Quelques semaines plus tard, certains des membres de la commission, envoyés dans les colonies comme Perrinon et Gatine en tant que commissaires de la République de la Martinique et de la Guadeloupe, ou Gaumont en tant que secrétaire-archiviste du gouvernement de la Guadeloupe, sont remplacés, le 10 juin, par François Mongin de Montrol, secrétaire de la Société française pour l’abolition de l’esclavage, Pascal Duprat, représentant du peuple, collaborateur de La Réforme, et Pierre Vinçard, ouvrier (graveur en bijouterie) et célèbre publiciste, rédacteur à La Ruche populaire puis à L’Union, comme l’était Gaumont.