1848

Le 24 février 1848, un Gouvernement provisoire républicain est formé au lendemain des journées révolutionnaires que vient de connaître la capitale. Le « droit au travail » et la création d’ateliers nationaux, l’abolition de la peine de mort en matière politique, l’instauration du suffrage universel masculin font l’objet des premières décisions prises à l’Hôtel de Ville de Paris, où la nouvelle équipe gouvernementale siège en « séance permanente » du 24 au 28 février. Des proclamations rapidement imprimées sur feuilles volantes sont adressées au peuple, pour la plupart d’entre elles officiellement enregistrées.

Le principe de l’abolition de l’esclavage fait lui-même l’objet d’une proclamation dès le 25 février. Plusieurs témoignages en attestent, réunis dans La liberté assassinée par Oruno D. Lara. En effet, Lamartine relate dans Histoire de la Révolution de 1848 la journée du 25 février 1848 pendant laquelle se tient un « conseil secret » du gouvernement au cours duquel est décidée l’abolition dite « instantanée » de l’esclavage : « Chacun des membres présents au conseil, indique Lamartine, sonda son cœur et son intelligence, pour y trouver l’initiative de quelques grandes réformes, ou de quelques grandes améliorations législatives, politiques et sociales. Ces initiatives sont la philosophie des révolutions ». Parmi ces initiatives, précise-t-il, est proposée celle de « l’abolition instantanée de l’esclavage des noirs qui souillait la morale même de nos lois et qui menaçait nos colonies d’une perpétuelle explosion » (O. D. Lara, La Liberté assassinée).

En outre, dès le 26 février, le nouveau ministre de la Marine en charge des Colonies, François Arago, sollicité par les premières délégations de colons de Guadeloupe et de Martinique, écrit aux gouverneurs afin qu’ils maintiennent l’ordre et le travail, qu’ils fassent « patienter » les esclaves, sachant que les navires britanniques apporteront la nouvelle d’une prochaine abolition dans les colonies françaises avant l’arrivée des navires français : « Il faut que les populations des colonies attendent avec calme et confiance la solution que le gouvernement définitif ne peut manquer de donner promptement à la question de l’abolition de l’esclavage », leur écrit-il. L’abolition a donc été proclamée, restent les modalités.

Quant aux chambres de commerce des grands ports, elles multiplient les lettres, mémoires et pétitions auprès du ministre en vue d’une prompte indemnisation des colons, de la mise au point d’une nouvelle réglementation du travail et d’un encadrement social des nouveaux libres afin que les colonies ne soient pas « perdues » (ANOM, K2, Commission de l’Indemnité coloniale).

En fait, Arago attend le retour de Victor Schœlcher du Sénégal où il est allé étudier le sort des esclaves. Dès leur entrevue du 3 mars 1848, ce dernier persuade le ministre de la nécessité de proclamer une abolition immédiate de l’esclavage, afin d’éviter le risque d’une répétition des événements de Saint-Domingue/Haïti. Le gouvernement publie dès le lendemain un décret signé d’Arago, indiquant qu’« aucune terre française ne peut plus porter d’esclaves ». Le ministre délègue ses pouvoirs relatifs aux colonies à Schœlcher qui est nommé sous-secrétaire d’État aux Colonies avec mission de « régler l’affaire des colonies et de l’émancipation » et devient président de la Commission d’abolition de l’esclavage mise en place à cet effet.

A lire aussi :

Lettre de François ARAGO, ministre de la Marine, aux gouverneurs des Colonies, 26 février 1848

Le témoignage de Frederick Douglass

Les hommes de couleur de la Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, à Messieurs les membres du Gouvernement provisoire

Les jeunes Créoles de l’Ile de la Réunion présents à Paris, au Gouvernement provisoire (transcription)