1848

Les commissaires généraux de la République

Des commissaires généraux de la République doivent remplacer les gouverneurs et arriver dans les colonies porteurs des décrets à promulguer et d’un dossier d’instruction pour leur application. L’avocat Adolphe Gatine est nommé commissaire de la République en Guadeloupe, François Auguste Perrinon en Martinique, Joseph Napoléon Sarda-Garriga à La Réunion. Pariset, gouverneur de la Guyane, devient commissaire de la République dans cette colonie. Le gouverneur Baudin, au Sénégal, est momentanément écarté au profit de Bertin-Duchâteau. Le commandant Passot, à Nossi Bé, reste en poste.

Schœlcher fait appel aux Frères de l’instruction chrétienne de Ploërmel et aux Sœurs de Saint-Joseph de Cluny pour ouvrir les écoles gratuites aux enfants des « nouveaux libres ». Il nomme à la tête des instances religieuses – puissant auxiliaire dans le processus de réorganisation sociale post-abolitionniste – des ecclésiastiques dont les opinions antiesclavagistes sont connues. Les abbés Dugoujon et Castelli deviennent ainsi préfets apostoliques de Guadeloupe pour le premier, de Martinique pour le second.

Les conditions de la proclamation de la liberté

Le décret d’abolition doit théoriquement entrer en vigueur deux mois après l’arrivée des commissaires de la République dans les colonies. L’objectif est, selon la commission, de laisser aux administrations locales un temps de préparation du changement de statut des trois-quarts des populations coloniales. Elle souhaite également ménager les intérêts économiques en jeu en pleine période de récolte de la canne à sucre dans les colonies des Caraïbes. Mais les esclaves en décident autrement. Les navires anglais ont apporté les nouvelles de Paris confirmant la signature des décrets bien avant l’arrivée des nouveaux administrateurs porteurs des textes.

Rassemblements et émeutes se produisent en plusieurs points de la Guadeloupe. En Martinique, une rébellion éclate au Prêcheur et à Saint-Pierre le 22 mai, gagnant Fort Royal (Fort-de-France). Sous la pression de ces événements, le gouverneur Rostoland proclame la liberté le 23 mai, le gouverneur Layrle, en Guadeloupe, déclare lui aussi l’esclavage aboli le 27 mai. Le décret est promulgué le 10 août en Guyane, le 23 août au Sénégal, le 20 décembre 1848 à La Réunion et le 16 janvier 1849 à Nossi Bé.

Des affiches placardées dans tous les bourgs proclament la liberté, recommandent le respect de l’ordre public, de la propriété privée, le travail et l’association entre « nouveaux libres » et propriétaires terriens.

87 087 esclaves sont libérés en Guadeloupe, 75 339 en Martinique, 12 525 en Guyane, 62 000 à La Réunion, 6 700 au Sénégal.