1848

Les audiences

La commission d’abolition se réunit du 6 mars au 21 juillet 1848. Une liste d’audiences est établie ainsi qu’une liste des questions à poser aux personnalités et délégations reçues. Délégués de grands ports, de colons, mais aussi d’« hommes de couleur » et anciens esclaves doivent être entendus. Schœlcher demande, parmi les documents de référence à partir desquels la commission doit travailler, un ensemble de rapports datant de la Révolution française au sujet des questions coloniales, les documents dont dispose le bureau des Colonies du ministère sur l’émancipation britannique et l’ensemble des rapports élaborés par la commission pour l’examen des questions relatives à l’esclavage et à la condition politique des colonies qu’a présidée le duc de Broglie entre 1840 et 1843.

La question du droit de vote

L’application du suffrage universel masculin dans les colonies suscite de vifs débats. L’« influence des anciens maîtres sur leurs affranchis » ne devrait-elle pas être « contrebalancée » ? Perrinon juge que les esclaves ne sont pas prêts à exercer ce droit civique. Mestro redoute des « choix inattendus, hétéroclites ». Les délégués des planteurs de Guadeloupe, Jabrun et Reiset, souhaitent que « seuls les libres avant l’émancipation générale » soient admis à prendre part aux scrutins. Froidefonds Desfarges, s’exprimant pour ceux de la Martinique, estime que « les nègres sont de grands enfants, aussi peu capables de connaître leurs droits que leurs devoirs ». Schœlcher conclut toutefois qu’« il y a dans les assemblées populaires une lumière de raison qui se dégage comme d’elle-même et conduit aux résolutions les plus sûres ».

Les noms patronymiques

La question des noms patronymiques que les esclaves doivent recevoir en échange de leurs numéros matricules lors de leur inscription sur les registres d’état civil est également évoquée par la commission. Les opérations d’inscription ne dureront pas moins de quatre ans, les registres restant ouverts jusqu’en 1852 dans certaines communes. Perrinon et Mestro proposent, pour le choix des noms à attribuer, la solution qui est retenue : des « noms variés à l’infini… par interversion des lettres de certains mots pris au hasard ».

Le premier rapport de la commission

Schœlcher remet au Gouvernement provisoire un premier rapport sur les travaux de la commission et les textes des décrets soumis à signature le 27 avril 1848, quelques jours avant la première réunion de l’Assemblée nationale constituante tout juste élue. Il indique dans ce Premier rapport fait au ministre de la Marine et des Colonies par la commission d’émancipation, rédigé avec l’historien Henri Wallon, secrétaire de la commission, que cette dernière a entrepris « ce grand acte de réparation d’un crime de lèse-humanité » afin qu’il « s’accomplît de la manière la plus profitable à ceux qui en ont été les victimes » tout en prévenant « toute influence funeste (qui pourrait) en compromettre les résultats » (Moniteur universel, 3 mai 1848).

Les oppositions

Les membres du Gouvernement provisoire, sensibles aux protestations des délégués de colons et des chambres de commerce des ports, avaient en fait envisagé un vote de l’Assemblée nationale sur le sujet. Schœlcher sait que Marrast, délégué des colons auprès du Grand Orient, refuse sa signature. Il se plaint au secrétaire du gouvernement, son ami l’éditeur Laurent Antoine Pagnerre, du retard de publication des textes au Moniteur universel – ils ne le sont que le 3 mai suivant – et de leur envoi dans les colonies : « En vérité, écrit Schœlcher le 1er mai 1848, je ne croyais pas qu’il serait si long et si difficile de tuer l’esclavage sous la République ».