1820-1848

Quant à l’Église catholique, contrairement à certains groupes protestants, elle demeure bien rétive à un engagement contre l’esclavage. Certes le pape Grégoire XVI, publie une tardive lettre apostolique le 3 décembre 1839, estimant qu’il appartient « à sa sollicitude pastorale de s’appliquer à détourner tout à fait les fidèles du commerce inhumain des Nègres ou de toute autre espèce d’hommes ». Il « conjure » tous les fidèles « qu’aucun d’eux n’ose à l’avenir tourmenter injustement les Indiens, les Nègres ou autres semblables, ou les dépouiller de leurs biens, ou les réduire en servitude ».

Mais les ecclésiastiques qui, dans les colonies, osent désapprouver et dénoncer l’esclavage et les survivances de traite humaine continuent de se voir exclus par les planteurs et les gouverneurs. L’abbé Pierre-Paul Castelli a estimé en 1844 que l’esclavage est contraire « au droit naturel » et à la « loi divine ». L’abbé Casimir Dugoujon, vicaire de la paroisse de Sainte-Anne en Guadeloupe en 1840-1841 puis préfet apostolique de la colonie en 1848, est l’exemple non unique, mais le plus célèbre, de ce pouvoir de révocation des gouverneurs. Les Lettres sur l’esclavage dans les colonies françaises que Dugoujon publie en 1845 demeurent un ensemble de témoignages exceptionnels sur le système esclavagiste et les abus de pouvoir des colons planteurs dans les colonies françaises au XIXe siècle. Elles lui valent un premier renvoi de la colonie sur intervention des planteurs de Sainte-Anne auprès du gouverneur. Lorsqu’il est nommé préfet apostolique de la colonie par Victor Schœlcher en 1848, son refus de se soumettre aux injonctions du gouverneur concernant les horaires d’enseignement qui doivent être réduits et adaptés aux besoins de l’agriculture lui vaut à nouveau un renvoi en France en janvier 1849, pour diffusion d’idées « communistes ».

Les enjeux économiques

L’argumentation abolitionniste est surtout d’ordre moral, religieux, humaniste, plus rarement économique. Après Jean-Baptiste Say qui désapprouve le travail servile, des économistes enseignant à Paris, tels Rossi ou Sismondi se prononcent clairement contre l’emploi de main-d’œuvre servile et envisagent des réformes susceptibles d’aider à l’abandon de l’esclavage dans les colonies.

Les conseils coloniaux, sollicités par le ministère de la Marine, débattent de la question d’émancipation. Les oppositions les plus farouches à toute transformation sociale s’y expriment. Toutefois, si l’assemblée de Martinique demeure ferme dans son opposition à toute modification du statut de 70% de la population totale, celle de la Guadeloupe se montre favorable à une émancipation progressive, à l’anglaise. Le baron Ambert, président du Conseil colonial de l’île, ouvre la session de 1847 en exprimant sa confiance dans le gouvernement qui, en tout état de cause, veillera, estime-t-il, à la protection des intérêts de la colonie et des enjeux économiques, financiers et commerciaux qui leur sont étroitement liés.