1840-1847

Les initiatives londoniennes

La British and Foreign Anti-Slavery Society, conformément à ses objectifs internationaux, organise deux conventions mondiales à Londres en juin 1840 et juin 1843. Le programme est précisément fixé. Il s’agit de repérer les différents types d’esclavage existant dans le monde, d’évaluer leurs conséquences sur le plan démographique, sur l’évolution commerciale et de déterminer leur « influence morale » sur la personnalité de l’esclave et de son propriétaire. Les organisateurs ont aussi l’intention d’évoquer l’esclavage en tant qu’obstacle à la « progression de la civilisation, de l’enseignement et de la chrétienté ».

Le 23 juin 1840, la « Convention des Amis de l’Esclave rassemblés de différentes parties du monde dans le but de promouvoir l’abolition de l’esclavage et de la traite négrière immédiate, entière et universelle par des moyens empreints de morale religieuse et pacifiques », réunie à Londres sous la présidence de Thomas Clarkson, s’adresse « À la Nation française », qui s’est « honorée par des protestations précoces contre le droit de l’homme d'enlever, de réduire en esclavage et de faire une propriété de son prochain », mais qui tarde à abolir une seconde fois l’esclavage :

« Que demander d’autre que cela, un quart de million d’êtres humains sont tenus dans une servitude ignoble par une nation libre et civilisée ! »

L’échec du projet français

En janvier 1841, Thomas Clarkson engage François Guizot à intervenir auprès du gouvernement français afin que la question de l’abolition de l’esclavage soit à nouveau évoquée et résolue, estimant qu’il aurait ainsi toute « tranquillité d’esprit sur (son) lit de mort en réfléchissant à ce qu'(il aura) fait pour les opprimés ».

Le projet de convention que conçoit la Société française pour l’abolition de l’esclavage à Paris en 1842 échoue. Un échec significatif, qui prouve combien le gouvernement français est peu prêt et peu enclin, à cette époque, à évoquer publiquement toute question liée à l’esclavage et combien il souhaite maintenir l’opinion publique à l’écart des problèmes qu’évoquerait une telle convention internationale, dont la presse se ferait inévitablement l’écho.

Le 6 mars 1842, quelques jours avant l’arrivée de l’ensemble des délégations, la société abolitionniste française reçoit du ministère de l’Intérieur l'« injonction » (ainsi qu'elle la qualifie) d’annuler la convention. Le motif est la crainte d’émeutes, en pleine période de débats sur le droit de visite que les navires britanniques de croisière peuvent exercer sur tout bateau suspecté de traite. Émeutes qui seraient dirigées contre l’importante délégation britannique attendue à Paris à cette occasion. Émeutes soulevées par le risque d’évocation sérieuse d’une abolition de l’esclavage dans les colonies françaises de Guadeloupe, Martinique, Guyane et La Réunion.