1820-1848

Le ministère de la Marine et des Colonies publie en 1841 un épais Précis de l’abolition de l’esclavage dans les colonies anglaises. Missions et enquêtes commandées par le ministre, l’Amiral Duperré, sont menées principalement par des officiers de marine. Elles ont pour but de « comparer la somme de travail obtenu des Noirs depuis l’émancipation avec celle des régimes antérieurs ». La France s’informe sur l’évolution des prix des propriétés, des productions, des salaires, de la « conduite des affranchis » et sur « l’attitude de l’ancienne classe de couleur libre » dans les premières années qui ont suivi l’émancipation britannique générale en 1838. Ce document, très diffusé dans les milieux maritimes et coloniaux, est l’une des références essentielles que consulte la commission d’abolition de l’esclavage formée en 1848.

Le capitaine Jean-François Layrle, chargé d’une enquête dans les colonies britanniques, relève en avril 1840 :

« La cessation de l’esclavage est de notre siècle ; c’est un acte d’humanité et de justice qu’il faut accomplir. Pour ma part, je me suis dans plus d’un lieu prononcé en sa faveur, mais il convient de ne pas se hâter ».

Il précise toutefois qu’il ne faudrait pas attendre « une transformation sociale qui aurait peut-être pour point de départ la révolte et son cortège obligé, le meurtre, l’incendie et le pillage ». Il prévient le ministère que les esclaves des colonies françaises sont informés des débats parisiens, car la presse circule. Le gouvernement devrait selon lui ne pas tarder à décider l’émancipation, avant qu’elle ne s’impose, comme à Saint-Domingue, par « la guerre » ou par une « commotion subite ».