1820-1848

Les Britanniques interviennent dès les années 1820 puis entre 1834 et 1848 de manière de plus en plus fréquente dans la progression de l’idée abolitionniste en France. Les membres de la British and Foreign Anti-Slavery Society, indique le Journal de la Société de la morale chrétienne en 1834, se sont fixé pour objectif de « devenir l’organe de la voix de (leurs) frères esclaves et souffrants sur toute la surface du monde ». Après une Adresse aux nations de l’Europe lancée en 1822, la Société religieuse des Amis, les Quakers, sous la plume du pasteur Bedford, adresse de Londres, en 1839, un Appel aux habitants de l’Europe sur l’esclavage et la traite des Nègres. Les arguments développés sont d’ordre religieux, moral et anthropologique :

« Un pur sentiment de charité chrétienne et un ardent désir de voir se réaliser enfin l’extinction totale de l’esclavage et l’abolition immédiate de la traite des nègres dans tout l’univers nous portent à appeler sur ces deux points la plus sérieuse attention des habitants de l’Europe ; et nous croyons remplir notre devoir de chrétiens en plaidant, avec toute l’énergie dont nous sommes capables, la cause des enfants de l’Afrique, victimes depuis longtemps d’une si intolérable oppression, et de la plus barbare tyrannie.

Dieu a fait naître d’un seul sang tout le genre humain pour habiter sur toute l’étendue de la terre.

Ce peu de mots de l’apôtre inspiré nous enseignent deux vérités importantes : la première, c’est que Dieu tout puissant est le Créateur de toute la race humaine, et que nous sommes tous également l’œuvre de ses mains [...].

La seconde vérité, c’est que nous sommes tous du même sang, tous enfants d’un père commun, quelle que soit notre couleur, quel que soit notre pays ; nous sommes tous frères ; tous nous sommes doués de raison ; tous, nous possédons une âme immortelle ».

Les abolitionnistes britanniques sont présents à chaque grande étape de l’histoire du courant abolitionniste français. Ils participent ainsi par l’intermédiaire de Zachary Macaulay à la création du comité pour l’abolition de la traite et de l’esclavage de la Société de la morale chrétienne en 1822 puis en 1834, par la présence de John Scoble et de George Stephen, à la fondation de la Société française pour l’abolition de l’esclavage qui en est issue. La Société diffuse des brochures traduites en français, favorables à l’émancipation immédiate, sans apprentissage, par exemple celle de George William Alexander et John Scoble, Liberté immédiate et absolue ou esclavage en 1844. Elle aide financièrement la parution de certaines brochures, telle celle de Guillaume de Felice, Émancipation immédiate et complète des esclaves. Appel aux abolitionnistes, en 1846.