1802

Guerres coloniales

Les deux expéditions militaires arrivent à destination à Saint-Domingue et en Guadeloupe respectivement entre février et juin puis en mai 1802. La guerre coloniale enclenchée à Saint-Domingue y entraîne un régime de « terreur », pour reprendre l’expression du général Leclerc dans une lettre du 6 août 1802 : « Je fais des exemples terribles, puisqu’il ne me reste que la terreur, je l’emploie sur les révoltés ». Les combats s’intensifient jusqu’à la défaite des troupes françaises en novembre 1803 et à la proclamation de l’indépendance de Haïti le 1er janvier 1804. Toussaint Louverture, fait prisonnier en juillet 1802, est envoyé au fort de Joux (Doubs) où il meurt en avril 1803.

Toute aussi déterminante est la guerre coloniale menée par les troupes napoléoniennes en Guadeloupe en 1802. Dans cette colonie, un conseil provisoire considéré comme rebelle est constitué sous la direction de Magloire Pélage après l’expulsion de l’amiral Lacrosse, réfugié à la Dominique. L’expédition commandée par le général Antoine Richepance débarque dans l’île en mai 1802. La répression aboutit en quelques semaines à la mort des principaux chefs – Pélage s'est toutefois rallié à Richepance –et à des exécutions massives qui ne font pas moins de 10 000 victimes. Joseph Ignace, ancien esclave, devenu officier de l'armée française en Guadeloupe puis chef de bataillon au sein de l'armée des insurgés, compagnon de Delgrès, est mort lors des combats de Baimbridge, près de Pointe-à-Pitre, et Louis Delgrès, après avoir rédigé avec ses compagnons la proclamation « À l’univers entier, le dernier cri de l’innocence et du désespoir » le 10 mai 1802, disparaît avec environ 500 partisans dans l’explosion du camp du Matouba sur les flancs de la Soufrière, le 28 mai 1802. 

Les décrets locaux

L’esclavage est rétabli en Guadeloupe le 17 juillet 1802 par arrêté local de Richepance puis en Guyane, sous l’administration de Victor Hugues, par le règlement général du 5 floréal an XI (25 avril 1803).

Le gouverneur Donzelot, lors de sa nomination en Martinique en 1817, reçoit des recommandations explicites du ministre de la Marine et des Colonies quant aux craintes que suscitent l’influence des agents haïtiens, les mesures prises par la Grande-Bretagne contre la traite en 1807, ainsi que le Congrès de Vienne en 1815 et l’activisme des abolitionnistes :

« En moins de neuf années, écrit-il, la masse entière des esclaves de la Guadeloupe a passé de la servitude à la liberté, et de la liberté à la servitude. Pendant cet espace de temps, ceux de la Martinique ont été contenus dans le devoir il est vrai, mais non sans peine, et il est difficile que les uns ni les autres demeurent indifférents au spectacle de la révolte de Saint-Domingue et aux manœuvres de ses émissaires […]. Enfin, presque aux portes de nos Antilles, l’Amérique espagnole est en proie à des troubles politiques dont la contagion peut devenir redoutable pour des colonies fatiguées par des vicissitudes de tout genre et séduites par de perfides insinuations ».