1750-1800

L’analyse historique impose la prise en compte, pour les Caraïbes comme pour les colonies des Mascareignes dans l’océan Indien, des mouvements profonds de mécontentement des colons planteurs à l’égard de la puissance coloniale dès le milieu du XVIIIe siècle, et d’aspiration à l’autonomie par rapport aux décisions arrivant de Versailles puis de Paris. La Révolution française accentue un mouvement révolutionnaire dans les colonies mais des mouvements locaux, internes, de révolte voire de sécession, se sont préalablement déclarés indépendamment des événements européens (cf. O.D. Lara pour les Caraïbes et C. Wanquet pour l’océan Indien). Les deux mouvements sont étroitement liés à une tension sociale forte entretenue dans les colonies par les rébellions d’esclaves ou leur menace.

Le déclenchement du processus révolutionnaire à Saint-Domingue et dans les autres colonies françaises, comme dans tous les territoires de la mer des Caraïbes dès les années 1760 et notamment après la Guerre de Sept Ans qui se termine en 1763, a été démontré par des travaux récents. Saint-Domingue, la Jamaïque, les provinces de Berbice et le Surinam en Guyane hollandaise connaissent des mouvements de rébellion soulevant plusieurs milliers d’esclaves, suscitant des mesures de répression jusqu’alors inédites. Les colons ne sont pas en reste. À Saint-Domingue, en Louisiane, leurs revendications d’autonomie commerciale et politique se font jour de manière de plus en plus ferme. En 1768-1769, blancs et nègres libres s’associent pour déclencher une insurrection dans l’ouest et le sud de la colonie de Saint-Domingue, engageant à leurs côtés leurs ateliers d’esclaves. Les grandes familles de colons n’hésitent plus, à partir de cette période, à affronter l’État colonial. Un même processus se développe dans les colonies de l’océan Indien.