1791-1804

Saint-Domingue enclenche le processus des abolitions

La révolte de Saint-Domingue, en 1791, enclenche le processus des abolitions. La Révolution haïtienne – avec notamment sa résistance au rétablissement de l’esclavage programmé en 1802 par Napoléon Bonaparte, la guerre coloniale qui y est menée par les troupes napoléoniennes en 1802-1803 et enfin la proclamation de l’indépendance de la colonie le 1er janvier 1804 sous le nom de Haïti – exerce une influence déterminante dans l’ensemble des Caraïbes et des Amériques pendant plus d’un siècle.

La rébellion, déclenchée dans la nuit du 22 au 23 août 1791, ouvre une période de quasi guerre civile et inaugure en effet un long siècle d’abolitions aux Amériques. La révolte impossible à contenir, la menace d’invasion de la colonie tant par les Espagnols que par les Anglais incitent le commissaire civil Sonthonax à proclamer la liberté sans en référer aux autorités parisiennes en août 1793. Le décret qu’il signe pour la partie Nord de Saint-Domingue le 29 août 1793 est généralisé à l’ensemble de la colonie le 4 septembre. Il se réfère à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et porte en article 2 : « Tous les Nègres et sang-mêlé actuellement dans l’esclavage sont déclarés libres pour jouir de tous les droits attachés à la qualité de citoyen français ».

Le décret du 4 février 1794

À Paris, en mai 1791, Jean Louis Viefville des Essarts, député du Vermandois, soumet à l’Assemblée nationale un Projet de décret sur l’affranchissement des nègres ou l’adoucissement de leur régime. Il présente l’abolition de l’esclavage comme « le projet le plus grand, le plus noble, le plus digne peut-être de la postérité, qui seul peut immortaliser cette auguste assemblée ». Mais la proposition n’est pas examinée.

Le 16 pluviôse an II – 4 février 1794 – la Convention confirme l’abolition par acclamation. Le texte, rédigé par Jean-François Lacroix, député d’Eure-et-Loir, est soutenu par René Levasseur, député de la Sarthe, qui prie le président de l’assemblée de ne pas « souffrir que la Convention se déshonore par une plus longue discussion » et par Danton, qui estime que jusqu’alors, les représentants du peuple français n’ont « décrété la liberté qu’en égoïstes et pour (eux) seuls » : « Aujourd’hui, nous proclamons la liberté universelle ». Le décret est promulgué en Guadeloupe et en Guyane. Les colons de Martinique préfèrent échapper à la mesure en facilitant une occupation anglaise de l’île, ceux de l’île Bourbon s’opposant à son application.

Toussaint Louverture, rallié à l’insurrection puis engagé contre la menace d’invasion anglaise, est devenu général en chef de l’armée de Saint-Domingue. Il y promulgue en 1801 une constitution qui rend la colonie quasiment indépendante du pouvoir central et fait de lui le gouverneur général. Napoléon Bonaparte décide alors l’envoi de deux expéditions aux Caraïbes, l’une vers Saint-Domingue, l’autre vers la Guadeloupe où le pouvoir des autorités françaises est aussi contesté. Leur mission est de rétablir l’ordre colonial.

Cependant, la loi du 30 floréal an X (20 mai 1802) « maintient », « conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789 », l’esclavage et la traite négrière dans les colonies françaises occupées par l’Angleterre (Martinique, Tobago, Sainte-Lucie) et prévoit en fait le rétablissement de la servitude là où elle a été effectivement abolie, à Saint-Domingue, en Guadeloupe et en Guyane.

À Saint-Domingue, la guerre coloniale déclenchée par le débarquement des troupes françaises menées par le général Leclerc se termine par leur défaite et la proclamation de l’indépendance de la colonie le 1er janvier 1804 sous le nom de Haïti.