Période jusqu'à 1750

Bartolomé de las Casas a reconnu dans Historia de las Indias que « l’esclavage des Noirs était aussi injuste que celui des Indiens ». Quant à Michel de Montaigne, son entrevue avec un voyageur arrivant des Amériques lui inspira quelques textes forts sur le sujet : « Nous les pouvons donc bien appeler barbares, précisa-t-il, eu esgard aux règles de la raison, mais non pas eu esgard à nous, qui les surpassons en toute sorte de barbarie » (Livre I des Essais, « Cannibales » et Livre III, « Des coches »). Le témoignage de ce voyageur rentrant du Mexique et du Pérou à Bordeaux – au sujet de l’exploitation et du commerce colonial des Amériques – l’avait convaincu :

« Au rebours, nous nous sommes servis de leur ignorance et inexpérience à les plier plus facilement vers la trahison, luxure, avarice et vers toute sorte d’inhumanité et de cruauté, à l’exemple et patron de nos meurs. Qui mit jamais à tel pris le service de la mercadence et de la trafique ? Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de millions de peuples passez au fil de l’espée, et la plus riche et belle partie du monde bouleversée pour la negotiation des perles et du poivre ! Mechaniques victoires. Jamais l’ambition, jamais les inimitiez publiques ne poussèrent les hommes les uns contre les autres à si horribles hostilitez et calamitez si misérables » (« Des coches »).

Au milieu du XVIIIe siècle, les courants de pensée antiesclavagistes qui se développent en France, en Grande-Bretagne et dans les Treize Colonies anglaises d’Amérique du Nord forgent des arguments tant moraux, religieux qu’économiques auxquels puisent bientôt les comités et sociétés qui se constituent à la fin du siècle pour intervenir auprès des gouvernements centraux. Les échanges d’idées sont incessants entre Londres, Paris et Philadelphie ou Boston.

En février 1788, la création de la Société des amis des Noirs à Paris est l’aboutissement d’une longue conjugaison d’influences nord-américaines, britanniques et françaises. De Montesquieu à Diderot, à Condorcet et à l’Abbé Grégoire, les écrivains des Lumières évoquent ces sujets avec plus ou moins de clarté et de détermination. Leurs publications se multiplient sur le droit naturel de l’homme et les rapports entre liberté et principes de gouvernement. Le courant anglais se nourrit également des principes religieux et sociaux des quakers, des vives critiques et des interdits que ces derniers émettent dès la fin du XVIIe siècle aux États-Unis.