1690-1840

Des Quakers au témoignage d’Equiano

En 1688 en Pennsylvanie, la Communauté des Amis des Quakers condamne le fait d’« acheter et de garder des Nègres ». En 1774, sous l’impulsion d’hommes tels qu’Anthony Benezet, et Benjamin Rush, ils décident l’exclusion de la communauté de tous ceux qui pratiquent le trafic négrier et, en 1776, de ceux qui, possédant des esclaves, refuseraient de les émanciper. Sous leur influence également, l’Etat du Vermont interdit l’esclavage dans sa constitution en 1777.

La multiplication des pétitions et la création en 1787 d’une Société pour l’abolition de la traite (Society for the Abolition of the Slave Trade) incitent le Conseil privé de la Couronne, en 1788, à ordonner une enquête. En 1789 paraît le témoignage de Olaudah Equiano, écrit sous la forme d’une autobiographie, qui fait entendre une voix africaine. Né au Biafra vers 1745, ce fils d’une prospère famille Ebo a été capturé à l’âge de dix ans et transféré du Bénin vers la Barbade, la Virginie et enfin l’Angleterre. Baptisé, il reçoit le nom de Gustavus Vassa et devient marin, combattant notamment pendant la Guerre de Sept Ans. Il achète sa liberté en 1766 pour la somme de 40 livres sterling et prend part à l’expédition de Mulgrave dans les régions arctiques en 1773. Converti au calvinisme, il devient l’un des opposants les plus déterminés à la traite négrière. Il publie à Londres en 1789, en deux volumes, l’ouvrage Interesting Narrative of the Life of Olaudah Equiano or Gustavus Vassa, written by himself, qui demeure l’un des très rares témoignages sur la traite négrière vue du côté africain. En 1781, il collabore avec Granville Sharp à l’occasion de l’affaire du navire négrier le Zong. Il a en effet fallu débouter le propriétaire du Zong qui réclamait le versement d’une assurance pour une cargaison de captifs jetée à la mer par suite du déclenchement d’une épidémie.

Clarkson et Wilberforce

En 1792, plus de cinq cents pétitions, réunissant 390 000 signatures, sont envoyées au gouvernement britannique, demandant l’interdiction de la traite négrière. Le mouvement bénéficie du concours de deux personnalités déterminantes : William Wilberforce et Thomas Clarkson. Un débat s’ouvre au Parlement, au terme duquel Wilberforce fait voter l’abolition de la traite négrière pour l’année 1796 par la Chambre des Communes. La Chambre des Lords fait différer le projet jusqu’en 1807. La Society for the Abolition of the Slave Trade est remplacée la même année par l’African Institution dont l’objectif est d’inciter les autres États européens à interdire la pratique de la traite à leurs navires nationaux et les Africains à modifier les termes du commerce qu’ils ont établi avec l’Europe en refusant de lui vendre des êtres humains. Une trentaine de traités sont conclus dans les trois décennies suivantes entre la Couronne britannique, des gouvernements européens et des royautés africaines en vue de mettre fin au trafic.

Thomas Clarkson, auteur de An Essay on the Impolicy of the African Slave Trade, publie en 1822 Le cri des Africains contre les Européens leurs oppresseurs ou coup d'œil sur le commerce homicide appelé traite des Noirs, ouvrage dans lequel le public peut consulter une grande planche présentant, en coupe, l’aménagement intérieur d’un vaisseau négrier de Liverpool, le Brookes, « fait pour contenir 450 nègres, mais en ayant contenu souvent jusqu’à 600 ».

Wilberforce est le promoteur du vote de l’interdiction de la traite par le parlement britannique et il meurt en 1833, au lendemain du vote de l’Abolition Bill qui met une fin progressive à l’esclavage. Clarkson, quant à lui, vit assez longtemps pour exercer une influence prépondérante, après 1833, sur les mouvements abolitionnistes européens et nord-américains. Il se fait, comme membre essentiel de la British and Foreign Anti-Slavery Society qui a succédé en 1839 à l’Anti-Slavery Society, le conseiller quasi permanent et infatigable des sociétés antiesclavagistes qui se créent sur le modèle de l’organisme britannique, sillonnant jusqu’à un âge avancé toute l’Europe, à la rencontre des personnalités impliquées contre la servitude, présidant comités et conventions.