1802-1848

En Guadeloupe comme en Martinique, chaque année de la première moitié du XIXe siècle, entre 1802 et la seconde abolition de l’esclavage en 1848, est marquée par une rébellion d’esclaves, des rumeurs de révoltes et de complots – fomentés par des « libres de couleur », des « agents » haïtiens – ou des attroupements jugés dangereux par les planteurs et les autorités.

Deux éléments du contexte général de cette époque, souvent peu mis en lumière, doivent toutefois être pris en compte : la peur sociale – séculaire, en fait – qui domine les relations entre planteurs et esclaves et un passé alors tout récent de guerre coloniale et de répression. En septembre 1811 par exemple, l’objectif d’un complot mis au jour en Martinique serait, d’après l’enquête réalisée, d’incendier la ville de Saint-Pierre, de prendre les dépôts d’armes, de tuer tous les planteurs européens et de gagner les campagnes. Le plan échoue. La moitié des insurgés sont des hommes libres, l’un de leurs chefs, Thétis, arrive de Saint-Domingue où il a servi dans l’armée de Christophe. Dans les hauteurs du Carbet, près de Saint-Pierre, un « complot d’esclaves » armés de fusils et de coutelas éclate en octobre 1822. Il a pour but de « soulever les ateliers du quartier pour se porter en masse sur cette ville et d’entraîner par cet horrible exemple la révolte de ceux des paroisses voisines ». Le gouverneur Donzelot craint, dans chacun de ses rapports de la fin de l’année 1822, le « soulèvement des grands ateliers » puisque les chefs présumés de l’insurrection – Narcisse, Jean-Louis, Pierre et Alexis – sont toujours en fuite. Il ne manque pas, comme c’est la règle, de prévenir le gouverneur de la Guadeloupe de ces événements, l’invitant à « détruire les rapports exagérés » que ces phénomènes pourraient produire dans la presse et dans l’opinion. La pratique est ancienne : elle consiste, en cas de rébellion dans l’une des colonies, à intercepter autant que possible la circulation des informations pour éviter la contagion.