1802-1848

Une autre pratique est elle aussi traditionnelle en cas de menace de complot ou début de révolte. Il s’agit de battues pour la recherche des nègres marrons. Chaque avertissement de rébellion est en fait l’occasion de « donner la chasse aux nègres marrons dans toutes les directions », selon les termes du gouverneur, afin de débusquer de nouveaux établissements de fugitifs. Interrogés, plusieurs esclaves avouent que la révolte doit être accompagnée du débarquement de troupes noires en provenance de Saint-Domingue. Lorsque les quatre chefs de l’insurrection sont pris et exécutés, le gouverneur annonce au ministre que les ateliers de la colonie sont « paisibles ». L’esclave Modeste, appartenant au sieur Croquet de Neuilly, propriétaire près de Saint-Pierre, qui a dénoncé le complot, est quant à lui récompensé par l’obtention de la liberté.

Le gouverneur note enfin l’imprudence de certains planteurs qui, à la lecture des journaux les informant des événements européens, ne prennent pas de précaution devant leurs esclaves :

« Il arrive aussi, indique-t-il, que les habitants parlent trop imprudemment devant les nègres et les négresses qui les servent des affaires politiques et des discours prononcés dans les chambres sur l’abolition de la traite et sur le sort des esclaves. Il en résulte que tous ces propos se reportent aux ateliers et y laissent des germes de fermentation et l’espoir d’affranchissement ».

Rendant compte au ministre des mesures de répression qu’il a prises, il signale enfin l’intensité de l’activité de la « secte des empoisonneurs » dans la colonie : « La secte des empoisonneurs qui est le plus grand fléau de la Martinique, précise-t-il, a déployé de son côté ses crimes avec une telle activité, tant sur les personnes que sur les animaux, que j’ai dû créer une cour prévôtale pour les rechercher et les juger. Il y en a plus de 80 dans les prisons et dans les cachots des habitations dont on instruit le procès ». En février 1831, le feu a gagné un quartier de Saint-Pierre investi par des esclaves armés qui ont, selon le gouverneur Dupotet, « osé opposer de la résistance aux troupes de ligne et aux milices ». « L’alarme est générale », indique-t-il à son Conseil privé avant de décréter l’état de siège dans la colonie et de décider d’utiliser « la terreur d’un prompt châtiment » contre « les esclaves arrêtés les armes et la torche à la main ».

«Liberté ou la mort»

Dans l’une des « Relations » qui est adressée au ministère, la direction de l’Intérieur de la colonie précise qu’un drapeau a été planté sur la porte de l’église du quartier du Mouillage à Saint-Pierre, portant l’« inscription séditieuse et menaçante » : « Liberté ou la mort : Réponse dans trois jours ». Les Blancs de l’île sont soupçonnés d’être les auteurs du « délit » afin d’« irriter » le gouverneur « contre les gens de couleur et les nègres ». Les soulèvements réprimés en Guadeloupe en 1830-1831 puis la révolte de Grande-Anse en Martinique en 1833 entraînent la mise en accusation de plus de deux cents « hommes de couleur » libres pour complot, puis leur expulsion au terme de procès expéditifs. En 1844, lorsque Duval d’Ailly accueille son successeur, le capitaine de vaisseau Mathieu, au poste de gouverneur de la Martinique, il lui laisse un mémoire sur la « situation du pays » dans lequel il indique : « On prétend que des hommes appartenant à l’ancienne population de couleur entretiennent les esclaves des divers projets d’émancipation dont il a été question dans la métropole [...]. Dans les villes surtout, les esclaves parlent quelquefois de l’émancipation, mais il y a vingt ans qu’ils en parlent et rien n’annonce qu’ils soient bien impatients de l’obtenir ». Il précise avoir constamment veillé à ce que les forces armées fussent prêtes à intervenir : « La prudence exige que la garnison soit constamment tenue sur un pied respectable. La présence d’une certaine force empêchera qu’on ait besoin d’y avoir recours ».