Période 1600 - 1700

Au XVIIe siècle, l’occupation et le début du processus colonial dans les Caraïbes insulaires provoquent la construction des premiers grands camps de Guadeloupe, de Martinique, de Jamaïque. Dès 1636, en Guadeloupe, une soixantaine d’esclaves édifient un refuge fortifié sur les hauteurs de Capesterre. Le général de Poincy mobilise cinq cents hommes pour les capturer avant de les faire écarteler et d’exposer leurs membres à travers la colonie, « sur des pieux, afin de donner de la terreur aux autres Nègres et de les empêcher de se rendre marrons » (Jean-Baptiste Dutertre).

En Jamaïque, anglaise depuis 1655, la révolte des Coromantees, Akans originaires de la Côte de l’Or, donne naissance en 1673 à la première Leeward Band of Maroons. Ils occupent dans les décennies suivantes la région du Cockpit, cependant que les Windward Maroons s’établissent dans les Blue Mountains, dans la partie nord-est de l’île. L’alliance des cimarrons et des révoltés encore présents sur les plantations provoque, dans cette possession anglaise, de véritables guerres. La première Maroon War a lieu de 1725 à 1740. Elle se termine par une négociation de ses chefs, Cudjoe, Accompong, Cuffee, Quaco et Johnny avec les autorités coloniales. La possession de terres leur est reconnue mais le traité prévoit également que les marrons doivent aider les Anglais dans leur chasse aux fugitifs. La seconde guerre a lieu en 1795-1796 et se termine par la signature d’un traité équivalent au précédent. La dernière rébellion d’esclaves que connaît la Jamaïque se produit en décembre 1831. Elle mobilise 20 000 esclaves, se conclut par cinq cents exécutions. L’ampleur de l’événement provoque l’augmentation du nombre de partisans de l’abolition de l’esclavage au sein du Parlement britannique, qui mènera au vote de l’Abolition Bill en août 1833.

À Cuba, battues et expéditions militaires contre camps et palenques – ceux de Santiago de Cuba et de la région de La Havane notamment – se poursuivent jusqu’à l’abolition de l’esclavage, en 1886. En Amérique du Nord, à la fin du XVIIIe siècle, les cimarrons de Floride et de Géorgie multiplient les raids contre les plantations. Des accords sont signés entre Espagnols et autorités des États-Unis pour l’échange des fugitifs capturés.

Dans la forêt des Guyanes, au cours du XVIIIe siècle, Anglais, Hollandais et Français concluent les premiers traités de paix mettant fin aux guerres contre les Boni, Saramaka et Djuka, communautés de fugitifs. Les Boni, du nom de leur ancien chef, sont reconnus en 1860 par une convention franco-hollandaise.
Le marronnage provoque jusque dans la seconde moitié du XIXe siècle tensions et peurs sociales, battues et campagnes de guerre. Jusqu’en 1848 par exemple, les grands camps de nègres marrons des montagnes de la Basse-Terre en Guadeloupe accueillent les esclaves fugitifs des plantations. Les gouverneurs reçoivent régulièrement les plaintes des colons dont les plantations sont visitées, de nuit, par les marrons en quête de nourriture ou désertées par de nouveaux fugitifs. Ils partent vers les montagnes ou, après l’abolition proclamée dans les îles anglaises voisines,  prennent la mer vers la Dominique, Antigua, Montserrat et Sainte-Lucie sur de frêles embarcations.

Dans l’océan Indien, à l’île Bourbon (La Réunion), depuis le milieu du XVIIIe siècle, les Hauts de l’île, les cirques naturels abritent des communautés de Nègres marrons contre lesquelles les milices lancées à leur assaut demeurent impuissantes.