Période avant 1850

Les révoltes ou les menaces de soulèvement sont la crainte permanente des autorités dans des colonies dont les esclaves sont parfois dix fois plus nombreux que la population libre. Certaines périodes sont particulièrement propices, comme les phases de guerre en Europe, dont les répercussions sont nombreuses aux Caraïbes. Les informations relatives aux rébellions qui peuvent éclater dans une colonie insulaire sont rapidement transmises par les navires de traite et de commerce. Les autorités tentent vainement de lutter contre la contagion. Ainsi dans les décennies 1720-1740, l’ensemble des îles orientales anglaises et françaises est traversé par ce que le gouverneur de la Jamaïque qualifie de « dangereux esprit de liberté ».

Après la première Guerre des Maroons de Jamaïque, une révolte éclate dans la colonie danoise de Saint-Jean en 1733 puis dans la possession anglaise d’Antigua en 1736. Le compte rendu du procès qui suit souligne le « désir de liberté » des rebelles. En décembre de la même année, les esclaves de Saint-Barthélemy se révoltent ainsi que ceux de Saint-Martin et de la petite île anglaise voisine d’Anguilla. Matthew, gouverneur des Leeward Islands, signale au gouvernement britannique une redoutable « contagion de la rébellion dans ces îles ». Cette vague de révoltes gagne les plantations d’Amérique du Nord, en Virginie, Caroline du Sud et Louisiane. La rébellion que les Coromantees menés par Tacky déclenchent en Jamaïque en 1760, souvent comparée à celle de la colonie française de Saint-Domingue en 1791, a pour but, selon les rapports de l’époque, la transformation de l’île en « colonie nègre ». Plus de quatre cents rebelles se suicident après la mort de leur chef, six cents autres sont déportés de la colonie.

En Guadeloupe, cet « esprit de liberté » se manifeste particulièrement pendant les années 1736-1738. En décembre 1736, le gouverneur se fait l’écho d’une menace de soulèvement qui devrait « rendre (les révoltés) maîtres du pays sous quarante-huit heures ».

Après une longue chasse à l’homme, de multiples captures et séances de tortures, un procès a lieu de décembre 1736 à mai 1737. Il dévoile, selon les comptes rendus disponibles, un vaste réseau de « Nègres des bois » reliant Basse-Terre et Grande-Terre, mené par Grand-Goulou, Manuel, Augustin et La Tulipe. Les prévenus qui survivent sont châtiés à mort.