Période avant 1850

La recherche archéologique menée en Afrique permet de retracer les circuits de traite interne menant vers les côtes et leurs entrepôts de captifs. Les villages se défendent, se fortifient contre razzias et captures. Les révoltes éclatent dans les entrepôts côtiers et sur les navires négriers. Toutes les modalités de refus et de résistance apparaissent avec les débuts de la traite humaine et de la réduction en servitude.

De très nombreuses révoltes d’esclaves sont conçues partout où le système d’exploitation de mines et de grandes plantations implique la concentration massive de main-d’œuvre en situation de servitude. Beaucoup d’entre elles avortent par suite de dénonciation aux maîtres ou aux autorités, beaucoup éclatent et se soldent par des procès et exécutions des accusés voulus exemplaires par les autorités coloniales. Une seule aboutit à la suppression de l’esclavage et à l’indépendance de la colonie dans laquelle elle a éclaté : celle qui se produit en 1791 à Saint-Domingue, alors très riche colonie française, qui fut suivie d’une guerre coloniale sans merci menée par les troupes de Napoléon Bonaparte et de l’accès de la colonie à l’indépendance sous le nom de Haïti au 1er janvier 1804.

Premières révoltes

La première rébellion d’esclaves originaires d’Afrique subsaharienne répertoriée dans les documents d’archives, la révolte des Zendj, se produit au IXe siècle en Iraq, dans la région de Bassora, où est cultivée la canne à sucre. Les rebelles prennent plusieurs villes et occupent le sud de l’Iraq et le sud-ouest de l’Iran entre 869 et 883, menaçant Bagdad. Quelques années plus tard, la révolte des Qarmates gagne à nouveau l’Iraq, la Syrie et la Palestine. Le Souss marocain, où la canne à sucre fait également l’objet d’une culture intensive depuis le XIe siècle et de l’exploitation d’une nombreuse main-d’œuvre servile, est le théâtre de plusieurs rébellions dont témoignent des traces archéologiques.

L’établissement de colons portugais le long des côtes d’Afrique occidentale et dans les archipels situés au large, notamment à São Tomé, Principe et Fernando Po, entraîne le développement de la culture de la canne à sucre. La traite négrière portugaise, qui a débuté dans les années 1440, approvisionne ces îles en main-d’œuvre esclave avant de franchir l’océan Atlantique au début du siècle suivant. Alors que les razzias de captifs se multiplient sur le continent pour alimenter les besoins de main-d’œuvre des archipels du large, apparaissent les premiers phénomènes de résistance à ces ponctions humaines.

Des kilombos sont construits, camps fortifiés où se réfugient les populations fuyant guerres et razzias. Cette technique de défense se transfère à São Tomé avec l’implantation des Angolares, descendants des captifs angolais d’un navire naufragé aux abords de l’île dans la première moitié du XVIe siècle. Les guerras do mato – « guerres de la forêt » – qui ont lieu jusqu’à la fin du XVIIe siècle provoquent l’édification des célèbres kilombos des Angolares qui subsistent aujourd’hui encore à São Tomé. C’est la première étape de phénomènes de résistance à la traite et à l’esclavage qui vont traverser, eux aussi, l’Atlantique vers les premières colonies européennes des Caraïbes-Amériques.