Période avant 1850

Aux Caraïbes-Amériques, à partir de la première moitié du XVIIe siècle, se développe une dynamique économique à nulle autre comparable à l’époque, reposant sur un système massif de soumission par l’esclavage, de coercition, de discrimination qui fait des colonies en question de véritables monstres asociaux. Toutes les puissances européennes s’investissent dans ce processus colonial et esclavagiste, non seulement celles qui y possèdent des territoires, mais aussi celles qui interviennent dans le processus par de complexes biais financiers, tels l’Italie, Malte, la Prusse ou la Suisse.

Ces colonies, notamment les Caraïbes insulaires, comptent jusqu’à 90% d’esclaves au cours du XVIIIe siècle et début XIXe siècle, dans leur population totale. Elles sont, dès les débuts de la colonisation européenne aux Amériques, les lieux de phénomènes de résistance de la part des esclaves, une longue tradition antiesclavagiste de la part des tout premiers concernés qui sont en réalité les premiers abolitionnistes.

Les esclaves, premiers abolitionnistes

Les phénomènes de résistance apparaissent depuis l’Afrique, dans les entrepôts des côtes, puis sur les navires négriers, enfin sur les plantations et les sites miniers. Une estimation basse évalue à 10% la proportion de navires dont les capitaines déclarent des révoltes survenues à bord.

Sur les plantations, le fait de résister prend de multiples formes, allant des refus de travail, des empoisonnements, d’une survie par la formation de groupes d’entraide entre esclaves, jusqu'aux phénomènes de rébellion, mais aussi à l’infanticide et au suicide. Des grands camps, refuges d’esclaves cimarrons, fugitifs, appelés palenques ou cumbes dans les colonies espagnoles, quilombos au Brésil, sont érigés dans toutes les colonies des Caraïbes insulaires, des Caraïbes continentales et d’Amérique du Sud. Certains de ces refuges résistent pendant des décennies, leurs chefs concluant des traités de paix avec les autorités et forces coloniales. Les descendants de ces esclaves cimarrons existent encore aujourd’hui, en Jamaïque, en Colombie, dans les Guyanes et au Brésil, notamment.

Des réseaux clandestins de relations sociales et d’entraide entre esclaves de diverses plantations se constituent au cours du XVIIIe siècle, des « sociétés » ou « convois d’esclaves » – ainsi sont-ils désignés en Guadeloupe et en Martinique – qui se réunissent notamment lors de la mort de l’un d’entre eux et se reconnaissent par des signes distinctifs (port d’insignes ou de rubans de couleur). La résistance au quotidien se traduit, au fil des siècles, par l’apparition de véritables cultures, que soutiennent croyances religieuses et traditions orales. Elles s’expriment notamment au sein du vaudou (Haïti), de la santeria (Cuba), du candomblé (Brésil), du candombé (Uruguay, Argentine), par des contes, par la musique et dans la transmission d’un héritage exceptionnel.