Période avant 1850

Le suicide peut être considéré comme une autre forme de résistance.

Sur la plantation Reiset au Lamentin, en Guadeloupe, les esclaves sont malades en grand nombre. D’autres se suicident. Ayant reçu seize « Nègres Ibos » en août 1827, le géreur Georges Giraud constate qu’ils ont « parfaitement réussi », c’est-à-dire qu’ils ont survécu et se sont soumis au travail imposé, à l’exception d’un seul, « qui voulait absolument se pendre ». L’événement se passe ainsi, selon le rapport de Giraud en date du 21 septembre 1827 :

« J’ai voulu voir si telle était réellement son intention. Je lui ai donné une corde. Il a montré beaucoup de joie en la prenant de ma main. Il a bien examiné si elle était partout assez forte. Il a fait un nœud coulant à l’un des bouts, se l’est passé au col, est monté ensuite sur les solives qui soutiennent la couverture de l’hôpital, y a attaché l’autre bout de la corde, et se préparait à se laisser couler en bas pour se pendre. J’ai mis fin à cette séance dégoûtante. J’ai envoyé ce nègre à Levavasseur qui l’a fait vendre à l’encan pour la somme de 120 gourdes, soit neuf cent et quelques francs ».

La noyade de Marceline

En février 1834, Marceline se noie dans la Grande Rivière à Goyaves. Cette jeune femme, arrivée en Guadeloupe par la traite transatlantique, âgée de vingt-cinq ans, est, selon Giraud, de « nation Ibo », « assez chétive créature, très paresseuse, toujours sombre ». Giraud, selon lequel rien ne justifie cet acte, décrit à l’intention de son employeur Jacques Reiset – qui réside à Rouen – les circonstances du suicide de Marceline :

« Sans rien dire à personne, elle s’est endimanchée, a mis sa belle jupe blanche, sa chemise blanche, un mouchoir blanc à sa tête, un autre à son col, s’est bandé les yeux avec un autre mouchoir blanc et en cet état, elle a fait le plongeon. On ignorait où elle était passée, lorsque le troisième jour, elle a paru sur l’eau » …

Mais l’émotion ne dure pas. Giraud ne voit dans cette perte que bénéfice pour la plantation :

« Il est fort malheureux de perdre des nègres qui ont coûté de l’argent et surtout quand on en a tant besoin pour travailler. Mais autant j’éprouve de regrets en voyant mourir un bon sujet, par suite de maladie ou d’accident, autant j’éprouve d’indifférence pour une malheureuse qui se suicide sans raison que l’on sache. »