Période 1800 - 1850

Soulèvements et complots

Dans la première moitié du XIXe siècle, les rébellions d'esclaves sont particulièrement nombreuses et sévèrement réprimées. En Jamaïque, par exemple, en 1831-1832, une révolte mobilise plus de 20 000 esclaves dont plus de 500 sont exécutés.

Un soulèvement d'esclaves se produit dans la nuit du 12 au 13 octobre 1822 au Carbet en Martinique, sur les hauteurs de Saint-Pierre. Trente des soixante-deux prévenus sont condamnés à mort et exécutés au mois de novembre de la même année. La relation des insurgés avec des agents haïtiens est à plusieurs reprises évoquée au cours du procès et par le gouverneur dans ses rapports au ministre de la Marine et des Colonies.

L'" affaire Bissette " débute en décembre 1823, lorsque Charles Auguste Cyrille Bissette, " homme de couleur " libre de Martinique, est accusé d'avoir diffusé dans la colonie la brochure intitulée De la situation des gens de couleur libres aux Antilles publiée à Paris, qui déplore l'absence de droits civiques dont peuvent bénéficier les personnes libres. Une série de procès s'en suit à partir de janvier 1824, intentés à Bissette, à ses deux coaccusés, Fabien et Volny, ainsi qu'à plusieurs dizaines d'" hommes de couleur " de la colonie soupçonnés de faire partie du complot. La police recherche les preuves de leur implication dans la création de sociétés secrètes et dans les soulèvements d'esclaves alors incessants dans la colonie. Les trois principaux accusés sont condamnés aux galères, marqués au fer. Cent quarante et un prévenus sont déportés vers le Sénégal, soixante autres sont expulsés de la colonie. Les compagnies " de couleur " des milices sont désarmées. Après un recours en cassation et les interventions de célèbres avocats parisiens, Bissette, Volny et Fabien sont acquittés en mars 1827, le premier étant toutefois banni de la Martinique pour dix ans.

Agitation secrète

Les empoisonnements, les incendies de bâtiments et de champs de canne, les refus de travail ou de respect des horaires sont fréquents. Les planteurs de Petit-Bourg en Guadeloupe se réunissent en 1832 pour adresser au gouverneur une pétition demandant des moyens de lutte et de répression contre les empoisonneurs.

L'analyse des événements survenus en Martinique et en Guadeloupe dans les décennies 1820-1840 fournit de multiples témoignages de la puissance des groupements dits " sociétés " d'esclaves, que les autorités ne réussissent pas à contrôler et à maîtriser. Le marronnage a repris, en Guadeloupe, après le rétablissement de l'esclavage en 1802. Les effectifs et les salaires des chasseurs de marrons sont augmentés. Le magistrat Xavier Tanc n'estime pas à moins de 1200 à 1500 le nombre de fugitifs présents dans les montagnes de la Basse-Terre dans l'article que publie Bissette dans la Revue des Colonies en 1836. En 1844, le gouverneur de l'île promet une prime de trente francs à qui arrêterait un esclave marron, mesure renouvelée en 1845.

Entre 1828 et 1830, le ministère de la Marine et des Colonies charge une commission de réviser le Code noir de 1685 en y incluant l'évolution de la réglementation de l'esclavage pendant le siècle et demi qui vient de passer. Procureurs, directeurs de l'Intérieur et gouverneurs des colonies s'interrogent quant à eux sur la nécessité d'interdire les " sociétés d'esclaves " ou sur les bénéfices à tirer de leur autorisation en termes de surveillance et de maintien de l'ordre.

Un peuple terrible

Une série de complots – supposés ou réels – fait l’objet d’enquêtes incessantes en Guadeloupe et en Martinique. En Martinique, une insurrection d’esclaves éclate en février 1831 à Saint-Pierre et aux alentours, des incendies font naître le soupçon d’un « vaste complot qui p(eut) causer la ruine de la colonie », selon les termes du procureur. Un soupçon que le procureur écarte, estimant préférable de minimiser les objectifs des esclaves rebelles. Mais le procès qui suit aboutit à l’exécution capitale de vingt-deux des prévenus. Le 31 mars 1834, le procureur général près la Cour royale de la Martinique prononce l’acte d’accusation de cent dix-sept prévenus dans ce qui est resté dans l’histoire sous le nom d’insurrection de la Grande Anse. Tous les prévenus sont accusés d’avoir projeté un soulèvement de l’ensemble de la région au moment de Noël 1833. Le réseau qu’ils sont accusés d’avoir tissé forme, selon le procureur, « un peuple terrible », déléguant des émissaires dans plusieurs quartiers de la colonie et dans les colonies voisines, à Saint-Vincent et à la Dominique notamment. Ils sont soupçonnés d’avoir « tramé un complot ayant pour but d’exciter la guerre civile en armant la population de couleur libre contre la population blanche et en portant, par la séduction, la violence et la menace, les esclaves à prendre les armes contre les blancs ». Les « préliminaires » de l’insurrection sont présentés comme « une agitation secrète dont on ne connaît pas la cause ». Des faits similaires sont signalés comme s’étant produits en Guadeloupe pendant les deux années précédentes, également à l’époque de Noël, à Basse-Terre, aux Habitants (actuel Vieux-Habitants) et dans la région de Capesterre.