Période avant 1850

Ainsi se développent deux niveaux et deux sources de réglementation coloniale : le gouvernement central – le bureau des Colonies du ministère de la Marine – et les pouvoirs coloniaux, locaux, où les gouverneurs sont les relais de l’autorité centrale, certes, mais soumis à la volonté des assemblées de colons et de leurs délégués. Ces derniers, en fait, disposent d’une grande marge de manœuvre pour accepter la mise en application des mesures arrivées d’Europe, les amender ou les refuser. Enfin, sur les plantations, règne la loi du maître, du géreur et du commandeur, à laquelle aucune intervention extérieure ne réussira à porter atteinte jusqu’aux abolitions. En matière de châtiment, de respect des obligations relatives à la nourriture, à l’habitat, à l’habillement des esclaves, aucun contrôle n’est effectué à l’intérieur des plantations. Les constats de non respect des « règles » – celles fixées en ces matières par le Code noir par exemple – ont lieu à l’occasion de rares dénonciations ponctuelles, ou de récits de voyageurs, administrateurs ou magistrats qui reviennent des colonies.

La violence physique, la violence mentale, la peur auxquelles sont soumis les esclaves sont couvertes par une loi du silence longtemps implacable.

Lorsque dans les années 1840, des magistrats sont officiellement chargés, en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane, de se rendre sur les plantations pour constater l’application des nouvelles réglementations du régime de l’esclavage, ils rencontrent, quartier par quartier, sur chaque domaine, esclaves, commandeurs et maîtres ou géreurs. Ils constatent à peu près partout que les esclaves se taisent quant au traitement qui leur est réservé. Par contre, pendant la même période, les procès de maîtres et géreurs se multiplient pour non respect des nouvelles règles, notamment à partir des lois Mackau de 1845 sur les horaires de travail, la nourriture, l’habillement, l’accès des esclaves à l’instruction religieuse, la possibilité de leur rachat ou la nouvelle réglementation des peines de fouet et autres châtiments.